Qualitair
Corse surveille la qualité de l'air depuis octobre 2003.
Les bateaux enfument tous les jours la ville de Bastia et ses environs depuis des décennies...
Port
de Bastia , 15 janvier 2017.... promenade dominicale
L'insoutenable pollution de l'air du transport maritime...
Le
transport maritime achemine plus de 90% des marchandises dans le
monde et transporte plusieurs millions de personnes chaque année.
Mais derrière l’image cultivée par les armateurs d'un mode de
transport propre, se cache une réalité beaucoup plus nuancée.
Gourmands en énergie, chacun de ces monstres flottants génèrent
autant de pollution aux particules ultra-fines qu'un million de
voitures. Peu connue du grand public, cette pollution porte atteinte
à la santé des habitants des villes portuaires. À Marseille,
France Nature Environnement, France Nature Environnement PACA et
l'ONG allemande NABU ont mené l'enquête.
En
Europe, la pollution de l'air du transport maritime est responsable
de 60 000 morts par an,
soit l'équivalent de la totalité des habitants de Valence, Troyes
ou encore de la ville de Chambéry. Une dangereuse pollution, bien
loin de l'image de transport propre véhiculée par les armateurs.
Seulement, en France, aucune mesure de cette pollution n'est rendue
publique. Pour rendre visible cette pollution invisible, France
Nature Environnement, France Nature Environnement PACA et l'ONG
allemande NABU ont décidé d'effectuer des mesures dans la ville de
Marseille.
Particules ultra-fines : un air jusqu'à 70 fois plus pollué sur le navire.
Pour
évaluer la pollution générée par le transport maritime, nos
équipes se sont réunies en 2015 puis en 2016 à Marseille. Première
étape : évaluer la pollution « de fond de l'air ».
Dans différents lieux de la ville, nous avons observé une moyenne
de 5 000 particules ultra-fines par centimètre cube. Puis nous nous
sommes rapprochés du port. Dans un quartier résidentiel aux abords,
l'air s'est avéré être jusqu’à 20 fois plus pollué avec une
moyenne de 60 000 particules ultra-fines par centimètre cube. Le
pire nous a attendu à bord du navire, où une équipe de l'émission
Thalassa, accompagnant notre expédition en 2016, a vu le compteur
s'affoler : l'air respiré par les croisiéristes et le personnel de
bord contient jusqu'à 380 000 particules ultra-fines par
centimètre cube, soit 70 fois plus de pollution.
Mais
que sont ces « particule ultra-fines » ? Le terme englobe l’ensemble des composants solides de taille microscopique transportés par l’air. Quand les particules fines désignent des polluants dont la taille est inférieure à 10 et 2,5 microns (soit 0.01 et 0.0025 millimètres), les particules ultra-fines mesurent moins de... 100 nanomètres soit 0,01 microns ou encore 0.0001 millimètres. C'est environ la largeur de votre cheveu découpée en mille. Et plus la taille de ces particules est petite, plus elles s’infiltrent profondément dans les organismes et s'y accumulent, générant d'importants troubles de la santé.fines » ? Le terme
englobe l’ensemble des composants solides de taille microscopique
transportés par l’air. Quand les particules fines désignent des
polluants dont la taille est inférieure à 10 et 2,5 microns (soit
0.01 et 0.0025 millimètres), les particules ultra-fines mesurent
moins de... 100 nanomètres soit 0,01 microns ou encore 0.0001
millimètres. C'est environ la largeur de votre cheveu découpée en
mille. Et plus la taille de ces particules est petite, plus elles
s’infiltrent profondément dans les organismes et s'y accumulent,
générant d'importants troubles de la santé.
Arrêtons
d'user de fuel lourd, carburant extrêmement polluant !!
La
raison majeure pour laquelle les navires polluent autant est
l’utilisation du fuel lourd comme carburant. Même à quai, le
transport maritime brûle ce déchet non raffiné, particulièrement
polluant, afin d'alimenter en énergie les navires. Pour répondre
aux exigences de réduction des pollutions, le gaz naturel liquéfié,
aussi appelé GNL, est une alternative intéressante. Sa combustion
réduit de 100% les émissions d'oxydes de soufre et des particules
fines, de 80% des oxydes d’azote et de 20% du CO2 par rapport au
fuel lourd traditionnel. Aujourd'hui, c'est le carburant carboné le
plus efficace d’un point de vue environnemental. Certains armateurs
ont déjà équipé leurs navires, un choix qui doit être pérennisé
et généralisé.
De
plus, ces navires brûlent aujourd'hui du carburant alors même
qu'ils sont en stationnement, polluant alors l'air des riverains du
port. Les systèmes d’alimentation électrique à quai
permettraient d’éteindre leurs moteurs auxiliaires et ainsi
d’utiliser le réseau électrique auquel le port est raccordé.
Seuls les navires adaptés peuvent utiliser un tel système, qui est
actuellement très peu répandu dans le monde. Des réglementations
récentes prévoient un soutien de l’Etat pour la mise en place de
systèmes d’alimentation électrique à quai dans les ports pour
les navires ainsi qu’une échéance pour l'installation de ces
bornes. Mais comme trop souvent, la mise en œuvre prend des retards…
Installons des épurateurs pour réduire les pollutions
De
nombreuses études suggèrent qu’une réduction de plus de 90% des
émissions d’oxydes de soufre est également possible grâce à
l'utilisation d'épurateurs. Ce procédé neutralise une grande part
des pollutions des gaz d’échappement à l’aide d’un fluide qui
absorbe des oxydes de soufre. Les déchets produits sont stockés à
bord et ensuite débarqués dans une installation de réception à
terre. Cette mesure permettrait ainsi de mieux préserver les poumons
des croisiéristes, du personnel de bord mais aussi des riverains et
travailleurs du port.
Appliquons un bonus/malus portuaire afin d'impulser le changement
Les
ports peuvent également fortement contribuer à une meilleure
qualité de l'air en incitant les armateurs à changer leur pratique.
Comment ? En instaurant un bonus/malus dans les tarifs des
droits portuaires. Ainsi, les mauvais élèves seraient encouragés à
investir afin de rendre leur navire plus respectueux des poumons de
chacun. Une mesure déjà prévue par l'Europe dans le cadre de la «
Stratégie transport maritime d’ici 2018 ». Seulement, sa mise en
place tarde à venir. Il ne reste plus qu'à l'appliquer.
Face à la pollution de l'air, réduisons les émissions de chaque acteur
En
France, la pollution de l'air tue prématurément 48 000 personnes
par an et coûte plus de 101 milliards d'euros. Un véritable fléau.
France Nature Environnement milite depuis de nombreuses années pour
que chaque acteur réduise ses émissions. Car en matière de
pollution de l'air, celle qui nous affecte le plus, c'est celle qui
se trouve à côté de nous. Si la pollution liée au transport
maritime dégrade avant tout la santé des habitants des villes
portuaires et des personnes présentes à bord des navires, d'autres
citoyens sont touchés par la pollution du transport routier, de
l'agriculture, de l'industrie, du chauffage… Un cocktail de
pollution qui est insoluble sans un cocktail de solutions et une
mobilisation de chaque acteur.
Le contrôle des émissions des navires, un outil indispensable
Enfin,
comment être sûre d'un meilleur respect des règles sans contrôle ?
Aujourd'hui, il existe seulement 5 aires géographiques dans le monde
où des contrôles sont – trop rarement - effectués : la
Manche, la zone mer Baltique et mer du Nord, l’Amérique du Nord et
la zone maritime Caraïbe des États-Unis. Ces zones d’émission
contrôlée (ECA) ou SECA (contrôle uniquement du soufre) sont
issues d'une annexe de la convention internationale MARPOL qui fixe
également des limites aux émissions d’oxydes d’azote (NOx) et
d’oxydes de soufre (SOx). Seulement, même dans ces aires
géographiques, sur 1 000 navires en transit, un seul est en moyenne
contrôlé et s'il enfreint la loi, les amendes s'avèrent peu
dissuasives.
France
Nature Environnement appelle donc à la création
de nouvelles zones de contrôle des émissions de soufre et notamment
à l’extension de ces contrôles sur l’ensemble du littoral
européen. Notre fédération milite également pour une meilleure
information des citoyens dans la tenue de ces contrôles et pour une
réglementation européenne qui harmonise la répression avec des
amendes dissuasives.

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